Etat Organique

Sensation, association, mémoire sont les facultés de l'intelligence organique

La cellule organique vit en étroite dépendance avec son milieu. Elle se modifie suivant les variations du milieu. Dans son fonctionnement organique originel, la cellule a dû faire des choix pour assurer sa survie individuelle au sein de l'environnement primitif. Une cellule sensible à la lumière, doit différencier le "trop de lumière" de "pas assez de lumière"


Cette différenciation enchaîne une préférence.

La préférence s'accompagne d'un choix.
Le choix s'accompagne d'une impulsion.


La cellule primitive se fait une idée entre " trop" et "pas assez". L'idée est une fonction naturelle issue du corps biologique. L'idée dérive de la sensation car les sensations font naître les choix. Les bons choix font naître un bien-être.

Les cinq sens aident les animaux à réaliser les bons choix.

Le goût Je ne mange pas ce qui a mauvais goût Je mange ce que je trouve bon
L'odorat Je fuis ce qui sent mauvais Je préfère ce qui sent bon
L'ouïe Je fuis ce qui est trop bruyant Je préfère ce qui est mélodieux
Le toucher Je ne touche pas ce qui me blesse Je touche ce qui ne me fait pas mal
La vue Je fuis ce qui est laid Je préfère ce qui est beau

 

Les choix biologiques font naître des idées:

 

Tout animal qui fuit un putois a l'idée de ce qui sent mauvais mais le putois exploite cette idée comme moyen de défense. Ainsi, les animaux savent sentir, identifier, percevoir, discerner, différencier pour assurer leur survie. L'intelligence animale se construit en adaptant ces réalités singulières.


L'homme qui a hérité de ces facultés a surtout celle de pouvoir l'exprimer. L'animal peut exprimer à un autre animal sa souffrance ou sa peur par la particularité de son cri.
L'homme peut introduire d'autres données utiles avec son langage articulé et dire :
" Peur animal vu dans arbre aux fleurs roses."
Dans ces mots naissent l'expression (peur), l'objet de la peur (animal), le moyen de l'expression (la vue), le lieu de l'action (arbre), et la précision (fleur rose).

 

Les idées entraînent un raisonnement qui enrichit des concepts uniquement communicables par le langage.

Mais

Le réseau des "idées" propre à l'organique se construit par transfert et on comprendra toute l'importance de la mémoire pour conserver et enrichir le réseau d'idées.

 

Les sens sont un système de protection de l'organique qui construisent une mémoire organisée.

Quand la répétition de l'expérience des sens se reproduit, la mémoire se construit par accumulation. Avec le temps une sélection spontanée se fait sans que l'expérience sensitive ait lieu.

C'est ainsi que l'idée est à l'oeuvre.

 

Il existe deux sortes de mémoires : la mémoire brute et la mémoire organisée.*

 

La mémoire brute est à l'oeuvre quand un organisme vivant répète une sensation en liaison directe avec l'organe du sens (l'odorat et une senteur). Avec la mémoire brute, l'organique jouit pleinement des sensations agréables.
La mémoire brute de la souffrance est une protection endémique de la cellule car elle évite sa destruction. (S'il n'y avait pas de souffrance, on resterait au contact du brûlant, ce qui détruirait des cellules de la peau.)


La mémoire organisée est une construction liée à un organe-relais des sens de façon à éviter une conséquence néfaste de la mémoire brute ou au contraire à solliciter l'émergence d'un plaisir.

Avec une mémoire organisée, l'organique évite la souffrance. Par exemple, il suffit d'associer le "trop chaud" qui fait mal, à la vue d'un objet rouge ou incandescent pour se méfier de ce qui est rouge et incandescent. L'expérience directe du toucher qui agresse l'organique est ainsi évitée par l'utilisation d'un autre sens, celui de la vue dans cet exemple. On comprendra les implications de telles sélections.

 

L'organisme animal utilise le plus souvent sa mémoire brute pour jouir des sensations agréables et sa mémoire organisée pour éviter une souffrance biologique.

Le monde animal réussit parfaitement ces associations jusqu'à enrichir les idées par un jeu de transferts.


Un exemple très touchant est celui de l'oiseau gravelot qui feint d'être blessé quand sa couvée est en danger afin de détourner du nid, le prédateur qu'il a repéré.
L'homme, soutenu par le réseau du langage et de l'enrichissement avec autrui a développé la richesse et le potentiel de la mémoire organisée. C'est ainsi que Proust a inventé la madeleine.

 

La souffrance est définie ici comme un moyen de préservation de l'organique.
Contrairement à la souffrance le plaisir des sens est aussi un moyen de préservation de l'individu et donc de l'espèce.
Si l'absorption de nourriture n'était pas accompagnée d'un plaisir les espèces seraient menacées d'anorexie et si la sexualité ne s'accompagnait pas d'un plaisir, elle seraient menacées d'extinction.

 

L'unité organique se développe se multiplie, s'invente et se reproduit selon une grammaire normative qui préserve la mémoire.