Il
pleut finement.
J'ai
claqué mon sabot sur le haut du pavé. La chaussée
est glissante.
Je
suis la bête philosophe.
Chargée
d'un sac à dos, je déambule avec certaine précaution.
Le
mystère est dans ma tête pensante. Prudence.
Je
crains de me retrouver les quatre fers en l'air.
J'écoute
mon guide :
-
Droit devant soi, c'est ainsi que débute le voyage.
Banalité
désarmante.
Il faut faire naître l'insolite et transmettre. Je vais transporter cet événement banal dans le cycle des aventures. Il me faut apprendre à prier pour rompre la monotonie des pas. Je vais développer ma théorie du voyage rétrograde vers le commencement impossible.
Dans la grisaille du matin, quelque chose survient qui perce le bruit de mes cadences.
-
Qu'est-ce que j'entends? me dit mon compagnon.
-
Anon tu te trompes!
-
Avoue que tu as venté.
-
Vanté, venté? Qu'est-ce que tu as inventé toi?
Mon compagnon est un patron qui ne s'adonne jamais aux commentaires philosophiques et qui parle sans nuance.
-
Mais je te dis que tu t'en vas en ventant.
-
C'est un vent tant soi disant un noir et puis un blanc. Des moutons, Monsieur?
J'éclate
de rire. C'est une histoire d'enfance.
Oui,
je voudrais faire ici le récit intégral d'une histoire de
voyage. Ne rien omettre des contenus de mes mémoires.
-Les
moutons à tête noire sont les moutons du Velay.
Je
pense : Cette histoire commence par la fin car le mouton à tête
noire figurait sur l'affiche de la ville le jour de mon départ.
-
Vois tu, je n'avais jamais réalisé qu'il puisse exister un
mouton de cette espèce. Je voudrais le photographier.
-
Ecoute, Il pleut...
J'aime les décrochements. J'entends le déclic de mon appareil photographique.